Les inspirations du projet de correspondances

Le projet de correspondances est né du désir de faire se rencontrer, se connaître, différents groupes de Saint-Michel. Un pré[texte] pour raccorder les espaces et les gens via l’écriture et la parole.

Dans certains quartiers montréalais, les citoyens sortent peu de leur quartier. Dans le cas de Saint-Michel, on peut même dire que les gens sortent peu du secteur de quartier qu’ils habitent. Si vous regardez bien la carte de Saint-Michel, vous remarquerez que le territoire est morcelé à cause de la présence des deux anciennes carrières (Francon et Miron) et du Métropolitain. Le quartier se divise donc plus ou en moins en 3 secteurs: est (Pie-IX), ouest (Saint-Michel) et sud (François-Perrault). Et si les deux anciennes carrières rendent les déplacements laborieux, l’autoroute est une cicatrice dans le paysage, une frontière pointillée sur le territoire. Je pourrais vous parler pendant des heures du quartier : de sa cité-jardin, de son parc environnemental, de sa mobilisation communautaire, de ses trésors gourmands de la rue Charland et du petit Maghreb, de ses œuvres d’art public encore méconnues, de son passé (pas si lointain)… je le ferai, par touches, dans les prochains billets. Vous pouvez aussi lire  La petite histoire de Saint-Michel (Bibliothèque de Saint-Michel sous la dir. de Suzanne Thibault).

Carte-ressources, une initiative de la Table Concert’Action Enfance-Famille VSMS

Si le territoire est les Michelois sont la première inspiration de ce projet, je me suis aussi inspirée de Jean Cocteau, de Mariama Bâ, d’Emily Dickinson et d’une foule d’images et d’idées glanées et répertoriées dans un dossier Pinterest.

Emily Dickinson m’a toujours fascinée comme personnage. Cette femme, poète, américaine, a passé une grande partie de sa vie à écrire dans sa chambre. On l’a surnomme la recluse. Elle vivait en retraite dans sa propre maison, isolée, seule et pas, puisqu’elle avait l’écriture. La première fois que j’ai entendu parler d’Emily, c’est dans un cours sur l’américanité donné par Jean Morency. Il y était beaucoup question d’espaces, du géant territoire, de la vastitude nordique et d’horizons illimités, qui forgent nos imaginaires et nos mythologies. En contrepoint à cet en dehors « sans clôture », Morency nous racontait Dickinson : une jeune retraitée, semblable à une sœur cloîtrée, exploratrice d’un continent intime infini, d’une intériorité aux délimitations insaisissables.

C’est qu’en Amériques on voyage si souvent sans pouvoir arriver au but. Plus grave encore, il n’y a même pas, sur ce continent, de refuge où s’abriter en cours de route. Écartés par un continent qui n’est que démesure – nature démesurée, villes démesurées, architecture démesurée, aspirations démesurées, État démesuré -, nous devenons tous des marginaux, des « hommes flottants » diraient les ni-Vannatu, des déracinés, seuls et sans identité, infiniment malléables et n’arrivant plus à trouver prise sur le réel. – Éric Waddell, Amériques

Emily Dickinson symbolise pour moi ce pont entre les immensités du dehors et du dedans, le lien entre les vases communicants de la géographie et de l’identité. Le territoire agis sur moi et j’agis sur lui; l’écriture-et-la-parole participent à la construction des espaces et des individus qui les habitent. #creerDesPonts

In this short life that only last an hour / how much – how little – is within our power – Emily Dickinson, poème-enveloppe

Emily Dickinson a une série de poèmes-enveloppes magnifiques, qui se retrouvent dans le livre de The Gorgeous Nothings: Emily Dickinson’s Envelope Poems. Ces poèmes sont intéressants sur le plan graphique et textuel. L’auteure, non seulement récupère les enveloppes de ses correspondances pour leur donner une seconde vie, mais s’amuse avec le format particulier de l’enveloppe (rectangulaire avec un rabat triangulaire). Un article du The New York Times sur le sujet explique comment la pratique de l’auteure semble être une manière d’éviter la page blanche et d’associer sa voix à celle déjà inscrite dans la correspondance papier. Une écriture par fragments sur du papier vivant.

Emily Dickinson, The way hope builds his house // Amherst College Archives & Special Collections

Dans les prochains billets du projet de correspondances, je vous présenterai à tour de rôle nos 6 groupes communautaires et les spécificités de chacun.

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